Injonction de payer : la procédure pas à pas pour une facture impayée
L'injonction de payer est une procédure judiciaire simplifiée qui permet à un créancier d'obtenir un titre exécutoire contre un débiteur qui ne règle pas une facture, sans passer par un procès classique ni obligatoirement recourir à un avocat. Lorsque la mise en demeure n'a produit aucun effet, cette voie de recours reste rapide, peu coûteuse et accessible directement en ligne ou auprès du tribunal compétent.
Ce guide détaille les conditions à remplir, les étapes de la procédure, le coût réel de la démarche et ce qui se passe après l'ordonnance d'injonction de payer.
Quand recourir à l'injonction de payer
L'injonction de payer intervient en dernier recours, après une phase amiable restée infructueuse. Avant d'engager cette procédure, vous devez avoir adressé au moins une relance de facture impayée, puis une mise en demeure de payer restée sans réponse à l'expiration du délai fixé.
Cette procédure s'adresse aux créances qui remplissent trois conditions cumulatives : la créance doit être certaine (son existence n'est pas contestable), liquide (son montant est déterminé) et exigible (son échéance est dépassée). Une facture impayée correspondant à une prestation réalisée et non contestée par le client remplit en général ces trois critères.
L'injonction de payer présente deux avantages majeurs par rapport à une assignation classique : elle est plus rapide, le juge statuant uniquement sur pièces sans audience contradictoire dans un premier temps, et elle est moins coûteuse, les frais se limitant le plus souvent aux frais de greffe et à la signification par huissier de justice.
Les conditions et le tribunal compétent
| Nature de la créance | Juridiction compétente |
|---|---|
| Créance entre deux commerçants ou sociétés commerciales | Président du tribunal de commerce |
| Créance civile (particulier, profession libérale) | Juge du tribunal judiciaire ou juge des contentieux de la protection |
| Créance mixte (professionnel contre particulier) | Tribunal judiciaire du lieu où demeure le débiteur |
Le tribunal territorialement compétent est, en principe, celui du lieu où demeure le débiteur, c'est-à-dire son siège social pour une entreprise ou son domicile pour un particulier.
Les 6 étapes de la procédure
Le coût réel d'une injonction de payer
Le coût de la procédure varie selon la juridiction et le montant de la créance.
Devant le tribunal de commerce, le dépôt de la requête entraîne des frais de greffe, généralement de l'ordre de 30 à 50 euros. Devant le tribunal judiciaire, la requête est gratuite. Dans les deux cas, la signification de l'ordonnance par un commissaire de justice représente le poste de dépense principal, entre 50 et 150 euros selon la complexité du dossier. Ces frais peuvent être mis à la charge du débiteur dans l'ordonnance.
Cas pratique : une créance de 3 200 euros
Vous êtes graphiste freelance et un client professionnel ne règle pas une facture de 3 200 € TTC, malgré une relance et une mise en demeure restées sans réponse. Vous déposez une requête en injonction de payer devant le tribunal de commerce compétent. Les frais de greffe s'élèvent à 35 €. Le juge rend une ordonnance faisant droit à votre demande. Vous faites signifier cette ordonnance par un commissaire de justice, pour un coût de 90 €. Le débiteur ne fait pas opposition dans le délai d'un mois : vous obtenez un titre exécutoire vous permettant de engager une procédure de recouvrement forcé, comme une saisie sur compte bancaire.
Vous pouvez également ajouter à votre demande l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros, due de plein droit entre professionnels en cas de retard de paiement, ainsi que les pénalités de retard calculées depuis la date d'échéance de la facture.
Que se passe-t-il après l'ordonnance ?
Trois scénarios sont possibles une fois l'ordonnance rendue et signifiée au débiteur.
| Scénario | Conséquence |
|---|---|
| Le débiteur paie | La procédure s'arrête, la créance est soldée |
| Le débiteur ne réagit pas dans le mois | Vous demandez au greffe l'apposition de la formule exécutoire : le titre devient exécutoire |
| Le débiteur fait opposition | Une audience contradictoire classique est organisée devant le tribunal |
Si le débiteur fait opposition, la procédure devient un contentieux classique : les deux parties sont convoquées, échangent leurs arguments et pièces, et le juge tranche après débat contradictoire. Cette issue reste minoritaire lorsque la créance est bien documentée et incontestable.
L'opposition du débiteur : ce qu'il faut anticiper
Un débiteur peut faire opposition sans avoir à justifier immédiatement d'un motif solide : il lui suffit de manifester son désaccord dans le délai d'un mois suivant la signification. C'est pourquoi la qualité de votre dossier initial reste déterminante : plus vos justificatifs sont clairs (facture, devis signé, bon de commande, preuve de livraison ou de réalisation de la prestation), plus vous limitez le risque qu'une opposition prospère lors de l'audience.
Une procédure d'injonction de payer, même rapide, prend généralement entre 2 et 4 mois du dépôt de la requête à l'obtention du titre exécutoire, davantage en cas d'opposition. Pendant ce délai, votre trésorerie reste amputée du montant impayé. Il est donc utile de suivre l'ensemble de vos créances en cours pour anticiper les tensions de trésorerie, comme détaillé dans notre guide pour gérer la trésorerie de votre entreprise.
Injonction de payer ou référé provision : quelle différence ?
L'injonction de payer n'est pas la seule voie judiciaire rapide pour recouvrer une créance. Le référé provision constitue une alternative, particulièrement utile lorsque le débiteur a déjà manifesté une contestation, même partielle, ou lorsque vous souhaitez une décision plus rapidement grâce à une audience.
| Critère | Injonction de payer | Référé provision |
|---|---|---|
| Audience | Aucune dans un premier temps, décision sur pièces | Audience contradictoire obligatoire |
| Condition | Créance certaine, liquide et exigible | Absence de contestation sérieuse |
| Coût | Frais de greffe réduits, signification par commissaire de justice | Frais de procédure plus élevés, assignation nécessaire |
Dans la majorité des cas d'une facture professionnelle impayée sans contestation de la prestation, l'injonction de payer reste la procédure la plus simple et la plus économique à engager en premier lieu.
Les documents indispensables pour constituer votre dossier
La solidité de votre requête dépend directement de la qualité des pièces justificatives fournies au juge. Rassemblez systématiquement les documents suivants avant de déposer votre requête.
Comment Newbi vous aide en amont de l'injonction de payer
La meilleure façon d'éviter une procédure judiciaire reste de sécuriser votre facturation en amont et de réagir vite dès le premier retard. Newbi centralise le suivi de vos factures, avec un statut clair pour chaque document et des relances automatisées avant d'en arriver à une procédure contentieuse.
Après le titre exécutoire : les moyens de recouvrement forcé
Une fois le titre exécutoire obtenu, plusieurs voies de recouvrement forcé s'ouvrent à vous, toujours par l'intermédiaire d'un commissaire de justice. La saisie sur compte bancaire (saisie-attribution) permet de bloquer et de récupérer directement les sommes disponibles sur les comptes du débiteur. La saisie de rémunération, plus longue, s'applique lorsque le débiteur est un particulier salarié. Pour une entreprise, la saisie des parts sociales ou du fonds de commerce reste possible en dernier recours, pour les créances les plus importantes.
Une fois obtenu, le titre exécutoire reste valable 10 ans. Si le débiteur ne dispose d'aucun actif saisissable au moment de la procédure, vous pouvez engager une mesure de recouvrement forcé plus tard, dès que sa situation financière le permet, sans avoir à recommencer toute la procédure judiciaire.
En résumé
L'injonction de payer est une procédure judiciaire simplifiée, accessible sans avocat, qui permet d'obtenir un titre exécutoire contre un débiteur défaillant après l'échec des relances amiables et de la mise en demeure. Elle suppose une créance certaine, liquide et exigible, s'engage par une requête au greffe du tribunal compétent, et débouche sur une ordonnance signifiée par un commissaire de justice. Faute d'opposition du débiteur dans le mois suivant, le créancier obtient un titre exécutoire lui permettant d'engager un recouvrement forcé. Un dossier bien documenté, avec factures et preuves de relance, reste la meilleure garantie du succès de la procédure.

